Réaction au résultat de l’Appel à Projets “Aide au développement des ateliers de fabrication numérique”

Le 25 juin de cette année, la Direction Générale de la Compétitivité de l’Industrie et des Services (DGCIS) lançait un appel à projets axé sur l’aide au développement des ateliers de fabrication numérique. Cet appel à projets avait pour objectif de financer jusqu’à 200.000 € l’équipement de projets d’ateliers de fabrication numérique, existants ou proches de leur ouverture, visant le développement économique des entreprises.

Nous voulons souligner tout d’abord le très grand nombre de réponses à cet appel à projets (154 dossiers déposés, de 23 régions de France), qui a positivement surpris tout le monde. Cela montre bien que la question de la fabrication numérique personnelle n’est pas juste un effet de mode médiatique porté par quelques passionnés mais bien un mouvement de fond, aux formes, objectifs et mises en œuvre très variés. Cela montre aussi que beaucoup de projets ne sont pas encore identifiés et connus dans nos réseaux.

Nous nous réjouissons aussi de ce que l’appel à projets, initialement porté par le seul ministère délégué des PME, de l’Innovation et de l’Économie Numérique, ait été finalement porté aussi par le ministère du Redressement Productif, l’annonce du résultat de l’appel à projets ayant été faite conjointement par les ministres Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg. C’est un signe fort de l’attention portée par le gouvernement à ces questions (rappelons aussi que le gouvernement avait annoncé sa feuille de route numérique à l’Université de Cergy-Pontoise, sur le site du FacLab, FabLab de cette université).

Ce sont donc 14 projets qui ont été retenus. Ces projets reflètent la diversité du territoire et des structures qui portent ces projets : 3 sont en région parisienne et 11 en province ; 3 portés par une association, 4 par une collectivité publique ou un établissement d’enseignement, 1 par une entreprise de l’Économie Sociale et Solidaire, et 6 par une entreprise classique ; 5 projets sont déjà en fonctionnement et 9 sont en cours de finalisation.

Nous regrettons en revanche que les critères et le comité de sélection n’aient pas été connus, ainsi que le manque flagrant de communication en direction des 140 projets qui n’ont pu être (pour l’instant) soutenus.

Quelles prochaines étapes ?

Tout d’abord, ces 154 réponses à l’appel à projet, dont beaucoup par des acteurs non encore identifiés, constituent une matière première précieuse à étudier ou à synthétiser. Nous appelons donc les acteurs qui ont répondu à l’appel à projet à publier une synthèse de leur réponse sur l’Internet.

Ensuite, même si la subvention permet d’envisager l’achat de matériels de plus grande qualité, l’expérience des lieux déjà existants montre que la présence d’un ou plusieurs permanents salariés fait plus pour l’ouverture et la dynamique du lieu que des machines supplémentaires. Interfabs va donc activement militer afin de permettre un soutien actif au financement de postes de permanents dans un maximum de lieux de fabrication numérique, que ce soit via des subventions de fonctionnement, via l’officialisation des nouveaux métiers (par exemple en ce qui concerne le problème des codes ROME), le soutien aux formations des personnels comme des utilisateurs (on pourrait imaginer que le DIF permette de passer plusieurs jours dans un lieu de fabrication numérique personnelle), mais aussi la question des assurances civiles des lieux et des personnes…

De plus, nous voyons aussi une dynamique des acteurs publics locaux qui se met en place. Nous publierons des pistes de réflexion à destination de ces organismes qui veulent étudier la question du soutien à un projet local.

Enfin, nous continuerons de mettre en réseau les acteurs de la fabrication numérique, de l’open hardware, des fablabs, hackerspaces et autres makerspaces afin d’enrichir les dynamiques locales, régionales et nationales, et de contribuer au maillage de cet écosystème naissant.

Signataires

  • Julien Holtzer — PoBot
  • Hugues Aubin — LabFab (Rennes)
  • Pascal Minguet — Net Iki (Biarne, Jura)
  • Gilles Ramseier — FabLab Comtois de Champagnole (Champagnole, Jura)
  • Emmanuel Gilloz — GsiLab (Nancy)
  • Didier Roudaut — FunLab (Tours)
  • Emmanuelle Roux — FacLab de l’Université de Cergy-Pontoise (Gennevilliers) & Zbis (Roche-sur-Yon)
  • Laurent Ricard — FacLab de l’Université de Cergy-Pontoise (Gennevilliers) & Zbis (La Roche-sur-Yon)
  • Julien JIMENEZ — Fablab Robert-Houdin (Blois)
  • Joël Soranzo — VoLab association VoRoBoTics (Vauréal, Val-d’Oise)
  • Philippe Garenc — Cerfav Glass Fablab (Vannes-le-châtel)
  • Association Électrolab (Nanterre)
  • laurence Berthoud-Lafarge — fablab Kelle FabriK (Dijon)
  • Aurélie Beaupel — la Forge des Possibles (La Roche-Sur-Yon)
  • Marie-Françoise Guyonnaud — Fondaterra / Versailles Sciences Lab (Versailles)
  • Mathieu Garnier — Fondaterra / Versailles Sciences Lab (Versailles)
  • Emmanuel Laurent — Technistub (Mulhouse)
  • Stéphane Mor — la Fabrique d’Objets Libres (Lyon)
  • Sébastien Nedjar — Laboratoire d’Aix-périmentation et de Bidouille (Aix-en-Provence)
  • Stéphane Guerreau — LaZone42 (Thonon-les-Bains)
  • Alexis Bory — Fablab Web-5 (Béziers)
  • Philippe Schiesser — Écodesign Lab (Montreil)
  • Olivier Gendrin & Rafaëla Ballerini — Hackœurs de lieux de Fabrication Numérique

Les FabLabs et lieux de fabrication numérique, incubateurs du 21ème siècle

Depuis 20 ans, Internet, en s’ouvrant aux particuliers et aux entreprises, a redessiné notre rapport au quotidien. Avec lui, nous avons réinventé notre façon de nous informer, de partager, de vendre, de créer, de prospecter, d’enseigner, etc.

Depuis peu, Internet s’hybride avec notre environnement physique. L’Open Source Hardware naît, symbolisé par la RepRap, imprimante 3D auto réplicante. Plans et modélisations se libèrent, les objets se connectent, tandis que la viralité de la culture Open Source accélère le cycle de l’innovation.

Un écosystème émerge

La fabrication numérique personnelle devient possible grâce aux FabLabs et autres MakerSpaces, accompagnés des entreprises qui inventent et distribuent le matériel tel Snootlab, ou bien fournissent des services comme Sculptéo. Les premières formations françaises dédiées apparaissent, comme les D.U. de l’Université de Cergy-Pontoise.

Ce réseau d’acteurs pluridisciplinaires se structure en un maillage national fort qui diffuse les valeurs de l’innovation bottom-up, moteur indispensable de l’industrie et de l’économie du 21ème siècle : curiosité et passion, partage non marchand de la connaissance, apprentissage entre pairs par la pratique, amélioration continue grâce aux licences Open Source, mise à disposition de matériel de pointe comme par exemple à l’Electrolab.

Des lieux ouverts et innovants

Plus particulièrement, les FabLabs, micro-usines locales et partagées, fournissent à chacun machines avancées (imprimantes 3D, découpes laser, fraiseuses et tours numériques), outils traditionnels (machines à coudre, défonceuses, fers à souder), appareils de mesure et espaces collaboratifs pour passer très rapidement de l’idée à l’objet, prototyper, innover, réparer, transformer, créer localement.

Mais surtout en reliant artistes, électroniciens, mécaniciens, ingénieurs, artisans, étudiants, chercheurs, retraités, passionnés… ils encouragent la créativité et la prise d’initiative, et développent le désir de créer, d’apprendre, d’entreprendre ensemble. Ce sont des dispositifs d’innovation collective.

En simplifiant l’accès aux outils technologiques, ils brisent les barrières économiques et sociales et permettent à des individus de se réapproprier les moyens de conception et de fabrication. De par cette facilité d’accès, les startups aux moyens limités telle Naio Technologie bénéficient également de cette proximité et peuvent développer idées et prototypes à moindre coût.

Ancrage territorial, réseaux et quartiers numériques

Au niveau local et international, cet écosystème réticulaire crée de nouvelles dynamiques : attirer et révéler l’innovation plutôt que d’aller la repérer, concilier partage et activité économique, faciliter la sérendipité, au lieu d’une sélection a priori de projets.

De toute évidence pièces maîtresses des Quartiers Numériques urbains et ruraux, les FabLabs se doivent d’être inclusifs pour remplir leur mission. Ouverts aux écoles, laboratoires et entreprises, ils leur proposent de prototyper, produire et distribuer autrement.

Ouverts et désirables pour les citoyens, ces lieux de créativité, de formation, de réappropriation des technologies et des savoir-faire, sont des espaces d’exploration et d’incubation avant tout au service de l’innovation, évidemment technologique mais surtout sociale, économique et pédagogique.

Signataires : Emmanuelle Roux et Laurent Ricard (sc21, la Forge des Possibles et le FacLab), Pascal Minguet (FabLab-Net-IKi), Julien Bellanger et Cédric Doutriaux  (PiNG), Emmanuel Gilloz (GsiLab/Nybi.cc), Frédéric Jourdan (Snootlab), Nicolas Lassabe (co-fondateur et président d’Artilect FabLab Toulouse), Hugues Aubin ( Labfab de Rennes et chargé de mission TIC Rennes/Rennes Métropole) et John Lejeune (LabFab Rennes), Samuel Lesueur (représentant le CA de l’association Electrolab), François Germinet (Président de l’Université de Cergy-Pontoise)